Économie : changeons de modèle

La crise actuelle amplifie dramatiquement les problèmes sociaux, économiques et écologiques de la société. Mais cette crise ne révèle-t-elle pas la vraie nature du système économique, en place depuis les années 1980 : déconnexion entre systèmes de production et systèmes financiers, entre l’économie ancrée dans le réel et l’économie virtuelle sans limite, logique prédatrice et irresponsable d’une minorité d’acteurs au détriment d’une majorité, de notre environnement et d’une gestion du long terme ?

Les réponses qui consistent à injecter massivement des milliards en quelques semaines pour garantir le système bancaire ne sont pas adaptées aux enjeux politiques de l’heure. N’est pas adapté non plus, le soutien à bout de bras et à fonds perdus d’un modèle de consommation et de développement qui semble s’écrouler chaque jour davantage. En attestent la perte de vitesse de la grande distribution ou la crise sans précédent rencontrée par le secteur automobile, pour citer 2 exemples emblématiques de la société de consommation qui s’est construite depuis la seconde guerre mondiale. Ce choix de politique de relance est d’autant plus critiquable que, dans le même temps, rien n’est fait pour envisager une conversion de l’économie.

Face à une telle situation, nous devons impulser de toute urgence un nouveau modèle de développement, fondé sur la répartition des richesses, la solidarité et la sobriété. Pour ce faire, changeons de cap et changeons d’échelle. Donnons toute leur place aux initiatives d’économie sociale et solidaire qui cherchent à entreprendre, produire, consommer, épargner autrement, de manière plus respectueuse des hommes, de l’environnement et des territoires. Car il est crucial de replacer l’économie territoriale au cœur de l’économie réelle.

Pour cela, il faut encourager les re-localisations d’entreprises, favoriser l’emploi local, soutenir un nouvel entrepreneuriat, qui à l’instar des SCOP, associe étroitement salariés et actionnaires dans une responsabilité commune, protéger les commerces de proximité indépendants, l’artisanat, favoriser les circuits courts, développer l’épargne locale, soutenir des secteurs non dé-localisables comme le bâtiment, les énergies renouvelables, les services aux personnes, l’agriculture biologique et paysanne de proximité…

Ces exemples illustrent les biens communs produits par les sociétés humaines qui doivent être protégés. L’économie sociale et solidaire crée de la richesse en créant des emplois d’insertion et des emplois qualifiés, en générant de l’activité économique, en permettant aux ménages de se reconstituer du pouvoir d’achat par des économies sur leur facture énergétique ou sur le prix de leur alimentation…

Aujourd’hui nous avons besoin d’un Etat qui réfléchisse avec les autres Etats de l’Union Européenne à un plan de relance à l’échelle européenne.

Nous avons besoin d’un Etat qui participe à la mise en place d’un « Bru-xelles de l’emploi » car, faut-il le rappeler, l’action contre les crises que nous rencontrons aujourd’hui ne peut se limiter au cadre d’une action nationale.

Si limite il y a, la première à intégrer est celle que nous devons imposer à nos esprits : l'économie a pris une place démesurée dans nos vies, au détriment des autres dimensions humaines (sociale, familiale, culturelle, sportive, …). Le défi est de donner à l'économie toute sa place, mais rien que sa place.

Nous devons donc inverser la perspective : les limites et les contraintes du système économique ne sont pas anti-économiques. Nous avons au contraire besoin d'elles pour permettre l’avènement d’une économie réellement plurielle, responsable et solidaire, d’une économie qui ne construise plus contre la nature mais avec elle.

Jean-Philippe MAGNEN Président du groupe des élus Verts