"J’oscille entre espoir et désespoir en rentrant de cette mission marquante de 9 jours en Haïti.
Espoir en voyant des personnes se bouger, y croire et monter des « beaux petits » projets – mentions spéciales à Bob Duval d’Atletic Haïti, projet socio-éducatif pour les jeunes de Cité Soleil, commune « bidonville » de 500 000 habitants dans la banlieue de Port-Au-Prince et Jean-Christophe Fernandez, volontaire du progrès et doctorant, sur le projet de centre de tri et compostage du Bois-Neuf dans la même commune et en partenariat avec Atletic Haïti.
Espoir aussi, en rencontrant des élus locaux qui, sans moyens, croient à la décentralisation comme symbole d’une nouvelle approche de développement local plus participative.
Désespoir face à tant de pauvreté criante qui te saute « à la gueule » tout au long de notre périple, ce qui fait que tu ne sais par quel bout et comment améliorer la situation…sentiment d’impuissance.
Désespoir encore, en découvrant un système politique centralisé, verrouillé et corrompu qui affiche une volonté de décentralisation, comme lors des assises franco-haïtiennes de la coopération décentralisée auxquelles nous avons participées, mais qui par ses actes prouve le contraire. A côté de cela, ce qui est encore plus désespérant, la communauté internationale, tant les bailleurs de fond que les ONG, est présente massivement avec un argent qui circule, mais pour quoi ? pour qui ? Ce système s’auto-alimente sans vraiment tenir compte du point de vue des Haïtiens et les impliquer dans la reconstruction comme lors des quatre cyclones de septembre 2008.

Urgence il y a à mettre en application ici plus qu’ailleurs, les objectifs du millénaire pour le développement. Urgence il y a à traiter la question du réchauffement climatique car tant pour des raisons naturelles (cyclones, ouragans, inondations…) que sociales (liées à une pauvreté extrême où une très grande majorité des haïtiens ne bénéficie pas des biens fondamentaux pour une vie décente), Haïti va vite devenir une terre de réfugiés climatiques."

Jean-Philippe MAGNEN