A combien la tonne CO² ?
Par élus verts le vendredi 28 août 2009, 14:30 - Analyses - Lien permanent
La France
s'est engagée à réduire de 14% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici
2020. C’est ce que nous voyons dans le fameux « paquet énergie-climat ».
Or en cas d'accord international sur le climat, à Copenhague ou par la suite,
l'objectif d'émissions de gaz à effet de serre de l'Union européenne, toujours
d’ici 2020, passera de -20% à -30%, et l'objectif français devra être revu en
conséquence.
Pour y parvenir, les discours ne suffisent pas : il faut dès
aujourd’hui lancer une mise en oeuvre franchement ambitieuse de cette
Contribution énergie climat pour que la France respecte ses engagements
internationaux sur les émissions de gaz à effet de serre. Du pain sur la
planche et de grandes décisions, à prendre dès maintenant.
C’est dans ce but qu’est sorti, en 2008, le rapport "Quinet", du Centre
d'analyse stratégique. Ce rapport a permis d'aboutir à un compromis entre les
représentants de l'administration, des ONG de protection de l'environnement,
des syndicats et des entreprises (de la haute voltige !) autour d'un prix du
CO2 démarrant à 32 euros en 2010 et augmentant de 5% par an, jusqu'à 56 euros
en 2020 et 100 euros en 2030 - déduction faite de l'inflation.
Tout cela pourtant sans compter sur la consommation d'électricité, non
mentionnée dans ce rapport - qui par conséquent fait la part belle au chauffage
électrique – tout comme le N2O entraîné par l'utilisation des engrais azotés,
qui compte pour 9% des émissions de la France. Mais au moins, les
préconisations incluses dans ce rapport constituent un beau progrès, le mieux
étant l’ennemi du bien, comme chacun sait…
Or, en découvrant les récentes déclarations d'Eric Woerth, de Chantal
Jouanno ou encore de Christine Lagarde, les bras nous en tombent… Nos ministres
demandent en effet ni plus ni moins que le prix de la tonne de CO2 soit
inférieur de moitié à celui proposé par le rapport Quinet ! Les experts le
disent, l'objectif français de réduction des émissions ne pourra jamais être
atteint à ce tarif là et il n'est pas question de faire de l'écologie
exclusivement à destination des bobos, ainsi que vous l'avez lu dans ce même
blog dans notre réponse à Jean-Marc Ayrault.
Le prix annoncé par les experts est conforme à l'enjeu auquel nous devons
collectivement faire face. Celui annoncé par le gouvernement est tout
simplement largement en dessous des enjeux planétaires et sociaux. "Europe
Ecologie, c'est l'union de ceux qui craignent la fin du mois et de ceux qui
craignent la fin du monde", avons-nous pu entendre aux Journées d'été des
Verts, à Nîmes, la semaine passée. Trouver de l'argent pour sauver la planète
et les équilibres Nord/Sud semble bien plus compliqué et utopiste que de sauver
le système bancaire. Ah, c'est beau, l'écologie de droite...
Pascale CHIRON
