Toutes les enquêtes sur les mobilités urbaines le soulignent : les villes où la part des déplacements automobiles est la plus faible sont des villes qui marchent : à Barcelone où Strasbourg par exemple. Le cas de la capitale alsacienne est particulièrement intéressant : si chacun a en image son ambitieuse politique vélo, et l’accessibilité au centre-ville par des voies cyclables dédiées le long des canaux, c’est bien pourtant l’importance de la part du déplacement piéton dans les déplacements urbains qui est quantitativement impressionnante dans les enquêtes « PDU ».

Si l’on regarde du côté des grands éco-quartiers allemands, à Freibourg ou à Hanovre, on ne peut que remarquer ce choix d’une trame piétonne très dense dégagée de la circulation automobile (il ne s’agit pas de trottoirs), permettant un accès facile, convivial et sécurisé à son domicile et aux espaces de vie collective.

En France, nous avons encore tendance à considérer que le trottoir suffit au piéton… et l’aménageur se met toujours à la place de l’automobiliste, quelquefois du cycliste… presque jamais du piéton. L’idée de perméabilité piétonne est rarement développée. Or, il ne sert à rien de se lamenter sur le fait que, pour quelques centaines de mètres à vol d’oiseau du domicile à l’école, le parent prendra le matin une voiture pour conduire ses enfants à l’école, si ce piéton, qu’il désirerait peut-être devenir, doit contourner des pâtés d’immeubles barriérés, ou des lignes de maisons le long du trottoir, un zigzag qui le ramènera vers l’auto.

Chaque aménagement de la ville doit être pensé pour le piéton, sa sécurité et sa rapidité de déplacement, c’est un enjeu majeur de l’aménagement de la ville et du vivre ensemble. C’est aussi un exercice complexe, qui nécessite de décloisonner et de croiser nombre d’interventions publiques : de la délivrance des permis de construire aux interventions de voirie, en passant par les transports publics et la vie scolaire.

C’est sur le quartier de Saint Joseph de Porterie que nous avons le plus appliqué cette idée en créant dans le cadre des Comités Consultatifs de Quartiers, un groupe « cheminement doux » dont les travaux ont été toujours bien suivis : découvertes du quartier à pied, propositions d’aménagements dans le cadre de la future ZAC, ouvertures de nouveaux cheminements dans les lotissements… Le bilan de ce groupe « participatif » est réel, et peut servir d’exemple.

Il s’agit maintenant de généraliser la méthode dans toute la ville. La trame de cheminements doux, document annexe adopté dans le dernier plan local d’urbanisme doit nous servir de plan de référence. L’enjeu est de taille : réduction des émissions de CO2, santé publique, qualité de la ville et de la vie… Si nous défendons la densification urbaine, seule réponse possible à l’étalement urbain, cette qualité des aménagements doit absolument l’accompagner.