Depuis plus d’un demi-siècle, la ville est livrée à la voiture et à l’automobiliste. Piéton et cycliste ont été chassés. Le cœur du problème consiste donc à inverser la tendance. L’engorgement des villes par la voiture n’est désormais plus tenable, à plus d’un titre.

La raison primordiale est l’impératif climatique. Les politiques urbaines ont pour absolue nécessité de faire refluer l’usage individuel de la voiture, ce qui nous oblige à révolutionner notre imaginaire. En effet, pour les citoyens des pays économiquement développés que nous sommes, l’usage de la voiture est malheureusement l’expression par excellence de la liberté. Il nous faut donc réinterroger nos comportements pour mieux inventer la ville de demain, en proposant un nouveau regard sur la mobilité.

La question de la mobilité se réduit communément à celle des déplacements. Pour appréhender leur nécessaire évolution au sein de la ville, il faut replacer les déplacements dans une approche plus globale. Que signifie la mobilité pour nos contemporains ? La ville permet-elle à chacun de se déplacer facilement ? Favorise-t-elle les rencontres, les échanges et donc le brassage des idées ? La mobilité essentielle pour concevoir la ville n’est-elle pas la mobilité sociale, qui intègre évidemment les questions de déplacements mais aussi de liens sociaux dans la ville ?

Par conséquent, doit-on penser la mobilité de nos concitoyens simplement en termes techniques (combien de km de voirie ou de pistes cyclables, comment limiter la vitesse des voitures en ville) ? Ou bien, doit-on lier la question des déplacements à celle du lien social ? Comment articuler le déplacement en ville à la possibilité de rencontrer autrui, de manière à multiplier les possibilités de se déplacer utilement d’un point de vue social ? A ce titre la ville est un lieu paradoxal puisque nombre de citadins vivent dans une grande solitude.

Créer des cadres de vie propices à l’épanouissement de chacun c’est commencer par tisser un véritable réseau de cheminements doux permettant de relier les microquartiers entre eux au rythme de la marche ou de la bicyclette. L’intégration systématique dans la politique des déplacements, des personnes présentant un handicap participe aussi de cette logique. Le soutien à des projets d’écoquartiers, émanant de groupes d’habitants est une autre piste intéressante à suivre. Il est aussi fructueux de développer les possibilités de tisser des relations dans le cadre de son voisinage, de son quartier, de sa ville, en multipliant les lieux où les habitants ont envie de sortir, d’aller à la rencontre de l’autre. Les AMAP en sont une très bonne illustration puisqu’elles contribuent notamment à brasser les milieux sociaux et surtout à créer un vrai lien social.